Le baromètre de la parité

Depuis janvier 2018, «Le Temps» mesure la place des femmes dans le journal. Des progrès sont à noter, même s'il reste beaucoup à faire. Point d’étape

Le décompte est devenu un rituel. Depuis un an, Le Temps mesure la place des femmes dans le journal. Le résultat est publié chaque mois dans nos pages, et désormais sur notre site internet, sous la forme d’une infographie. Combien de visages féminins illustrent les articles? Qui prend la parole dans l’espace «Débats»? Une journaliste a-t-elle signé l’éditorial du jour? Des expertes interviennent-elles dans les articles scientifiques? Au fil du temps, les courbes s’allongent sans atteindre la barre symbolique des 50%, celle de la parité.

La part des femmes gravite autour de 30% dans les différentes catégories étudiées. Au point que le palier a des allures de plafond de verre. «C’est la tragédie des 30%. Qu’il s’agisse des personnes mentionnées, prises en photo, des expertes, les médias dépassent rarement ce pourcentage de femmes», indiquait dans L’Obs la chercheuse française Marlène Coulomb-Gully, spécialiste de la question du genre dans les médias. Lancé dans le cadre de notre cause «Egalité hommes-femmes» en 2018, cet exercice d’introspection a alimenté une prise de conscience au sein de la rédaction. S’il reste beaucoup à faire, des améliorations sont à noter. Des initiatives verront également le jour dans les mois à venir (lire plus bas). Retour sur l’opération, point par point.

Lire aussi dans nos archives:
 Quelle place pour les femmes dans «Le Temps»? (2018)
 Les femmes sont les grandes absentes des pages «Opinion et débat» du Temps (2017)

Editoriaux signés par des femmes

Au lancement du projet, le constat était inquiétant. En janvier 2018, seuls 4% des éditoriaux étaient signés par une femme journaliste. Moyenne pour l’année: 16%. Ces derniers mois, on observe une légère progression. En janvier 2019, la part grimpe à 29%. Comment expliquer ce lent décollage? Peu nombreuses aux postes à responsabilité, les femmes sont plus souvent sollicitées pour réagir à des sujets de société qu’à l’actualité internationale, un domaine apprécié pour ce format. Dans la rubrique internationale, on ne trouve qu’une femme. Il s’agit de notre correspondante aux Etats-Unis, Valérie de Graffenried.

Contributrices des pages Débats

C’est un déséquilibre historique: les hommes sont plus nombreux à défendre leurs idées dans les pages Débats. Aujourd’hui, la part de contributrices externes s’améliore, mais elle peine à dépasser les 30%. «Pour changer cet état de fait, il faut une bonne dose de volonté, sans tomber dans une logique de quotas ou de textes alibis. La qualité et la pertinence du propos restent le premier critère de choix, indépendamment du sexe de l’auteur. Les femmes doivent également se convaincre que leur opinion est tout aussi légitime que celui de leurs collègues masculins», note le responsable de ces pages, Frédéric Koller.

Photos représentant des femmes

Le journal demande également un travail iconographique. Dans ce domaine, la part des femmes atteint près de 40% pour le mois de février. «Nous nous efforçons de choisir plutôt des images sur lesquelles figurent des femmes. Cela nous permet de contrebalancer un peu la grande quantité de sujets qui nécessitent de montrer des hommes, comme c’est beaucoup le cas dans les rubriques International ou Economie», indique Catherine Rüttimann, responsable du service iconographique.

Expertes de la page Science

La recherche est-elle une affaire d’hommes? D’après l’Institut de statistiques de l’Unesco, seulement 30% des chercheurs en science, dans le monde, seraient des femmes. Une situation qui se reflète dans les pages du Temps. «Lorsque nous recherchons un interlocuteur, nous sollicitons régulièrement les services de presse des institutions scientifiques, qui nous mettent en relation avec des responsables d’équipe, des directeurs, bref souvent des hommes, explique Fabien Goubet, journaliste scientifique. Ce n’est que le reflet de la hiérarchie des institutions, où les femmes sont écartées des plus hauts rangs.»

L’égalité, une cause vivante au «Temps»

Dans notre rédaction, dans la «newsroom» qui fabrique Le Temps, travaillent 90 personnes, 56 hommes et 34 femmes. Malgré la féminisation forte du métier de journaliste ces dernières années, les hommes restent les plus nombreux au sein du Temps. Cependant le temps partiel n’est pas, comme c’est parfois le cas ailleurs, une spécialité féminine: ils se répartissent entre les deux sexes, comme les pleins temps.

Sur 12 secteurs d’activité, trois – les rubriques Société et Science ainsi que l’iconographie – sont dirigés par des femmes et deux rubriques sont chapeautées par des adjointes. La rédaction en chef compte une femme pour quatre hommes. S’agissant de postes à responsabilité, nous avons donc encore du chemin à faire.

Néanmoins, nous y travaillons. En 2018, l’égalité a été l’une des causes que Le Temps a défendues avec fougue à l’occasion de ses 20 ans. Cela nous a permis de secouer les consciences à l’interne. Et nous ne nous sommes pas arrêtés de réfléchir avec la fin de la cause égalité. Depuis, des femmes ont été engagées, d’autres sont montées en grade. Et surtout, un groupe de réflexion regroupant des femmes et des hommes intéressés par le sujet s’est créé: l’objectif est d’encourager toute action destinée à renforcer l’égalité au sein du journal.

Pour cela, nous nous formons, nous invitons des experts et expertes extérieurs à nous apprendre de bonnes pratiques, nous sensibilisons nos collègues, nous organisons des événements sur le sujet, réfléchissons à une charte. Pour nous, pour Le Temps, l’égalité n’a pas cessé d’être une cause.

Eléonore Sulser, rédactrice en chef adjointe

Le baromètre du Web

Jusqu’ici, le décompte du «Temps» s’arrêtait au journal papier. Un programme informatique mesure désormais en continu la parité des articles d’opinion publiés sur letemps.ch

Le décompte n’est ni aussi fin, ni aussi complet que le décompte mensuel à partir du journal imprimé. Mais désormais, chaque heure pile, un programme informatique récupère les nouveaux articles d’opinion publiés sur letemps.ch/opinions, les filtre – il écarte les florilèges de réactions sur les réseaux et la revue de presse quotidienne pour ne garder que les papiers d’opinion proprement dits – et additionne le nombre d’auteurs par genre.

Son nom de code: «Balance imparfaite de l’égalité de genre». Le programme cherche, dans une liste de noms d’auteurs potentiels, s’il retrouve celui de l’article. Et dans le cas contraire, il se contente soit de sélectionner le genre le plus probable d’après son prénom, soit de trier l’article dans la colonne «n/a» (non applicable) s’il s’agit d’un collectif ou d’un prénom mixte.

Ce modèle est donc limité par la binarité homme/femme et l’algorithme ne peut pas prendre en compte les autres formes d'identité de genre.

Pour débusquer les erreurs, rendre l’opération transparente et améliorer progressivement le programme, la liste des articles pris en compte est disponible pour chacun des deux graphiques ci-dessous (bouton «en détail»).

Paul Ronga

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Textes: Florian Delafoi
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